Des cuissardes pas comme les autres partie 1

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Frederic Gabriel


fétichisme


Quand on est jeune et qu’on termine son cycle secondaire d’études, il devient très vite évident qu’il faudra, à moins d’un miracle, s’exiler loin, plus ou moins, de son lieu habituel depuis l’enfance, de sa famille et de ses amis. C’est ce qui est arrivé à ma grande sœur. Deux ans de plus que moi, on ne se ressemblait ni physiquement ni par notre personnalité, nos goûts, nos aptitudes, et pourtant, il y avait entre elle et moi un lien très fort, une affection sincère et véritable, qui faisait que je ne vivais pas très bien son départ. Je tentais de me consoler en me disant que ce serait uniquement pour deux ans,

Et puis elle reviendrait pour certains week-ends et aux vacances. Mais c’était clair, mon quotidien allait radicalement changer, pour moi qui la voyais matin, après-midi, soir…

Je l’ai accompagnée jusqu’au train. Elle m’a un peu surpris, car, si j’étais sombre, elle était plus optimiste, et pourtant, elle semblait elle aussi affectée par la séparation qui arrivait. On s’est retrouvées sur le quai de la gare. Une étreinte, quelques paroles…Elle est montée dans le train, et je suis rentrée le cœur lourd.

Je me suis glissée dans ma chambre. On était en fin d’après-midi.

J’ai été surprise par ce qu’il y avait sur mon lit. Un grand carton, rectangulaire, et dessus une enveloppe. Mon prénom et une écriture que je connaissais.

Je me suis laissé tomber sur le lit, et j’ai ouvert l’enveloppe. Il y avait une longue lettre manuscrite, qu’elle n’avait sans doute pas écrit en deux minutes. Des feuillets numérotés, une épaisse liasse. J’avais tout le temps de la lire. On ne dînait pas avant une heure et demie.

Elle commençait comme ça :

Pas évident de se séparer alors que nous sommes proches depuis toujours.

Je resterai près de toi par l’esprit, et de toute façon, je reviendrai plus souvent que tu ne le penses.

Je voudrais aussi te faire un cadeau qui changera ta vie, j’en suis convaincue. Il ne me servira plus. À toi, sans doute que si.

Pour t’expliquer ce que c’est et en quoi ça a changé la mienne, il faut que je remonte quatre ans en arrière. C’était un vendredi après-midi et je venais de proposer à un garçon pour qui j’avais un sérieux crush de sortir avec moi. Il a refusé, et j’avais l’impression qu’il venait de m’enterrer 36 pieds sous terre.

Je venais de finir les cours, il était trois heures de l’après-midi, et je suis partie dans les rues de la ville pour me changer les idées. Je me suis mise à faire du lèche-vitrines, et je les ai vues. Dans la vitrine d’un chausseur.

J’ai toujours voulu être féminine, à ma manière, sans doute, avec un petit budget, en essayant d’amener en tout cas une touche personnelle à une tenue banale. Par exemple un top coloré avec un jean et une veste, des talons aiguille avec un pantalon et une chemise.

Et puis j’ai vu ces cuissardes. Elles étaient magnifiques. Noires, luisantes, longues, avec des talons très fins.

Il s’est passé quelque chose d’étrange.

Elles m’ont séduit, bien évidemment, mais, au-delà, il s’est produit quelque chose de vraiment étrange. J’ai eu le sentiment qu’il s’établissait une communion entre les cuissardes et moi. C’était comme si elles m’avaient parlé, et dit : ‘Hé, prends-nous…On est faites pour toi. Tu vas nous porter. Et ta vie va changer de manière radicale. Ton rapport à toi et aux autres.’

Il s’est trouvé qu’il y a eu ce jour-là une double conjonction. C’étaient les soldes, et j’avais du liquide sur moi, je venais d’en retirer au distributeur parce que je voulais m’acheter quelques vêtements. J’ai tenu quelques semaines de plus sans nouveaux vêtements.

Je suis rentrée dans le magasin et j’ai dit à la jeune vendeuse :

–Je suis intéressée par la paire de cuissardes noires dans la vitrine.

–Ah c’est un bon choix. Elles sont ultra-féminines.

Sans doute parce que je les voulais, vraiment, j’ai posé tout de suite l’argent sur le comptoir.

–Vous allez quand même prendre le temps de les essayer, non ? Si elles ne vous vont pas…

C’était en effet une sage précaution.

J’avais une jupe, un collant, je pouvais donc passer les cuissardes et aussi juger, dans les miroirs qui entouraient le magasin leur effet sur moi.

Elle a repêché les cuissardes dans la vitrine et me les amenées.

 

 

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