DIRTY TOCK

Je crois que j’ai toujours aimé Rob Brezsny, ce type qui fait des horoscopes, oui je crois que je l’ai toujours eu à la bonne parce qu’il ne m’a jamais planté et que ça me faisait du bien de le lire chaque semaine. Ce type, ce Rob Brezsny, il avait senti le coup venir pour ma rencontre avec LUI, il y a pas mal de lustres maintenant, un joli coup qu’il avait reniflé comme ça, en écrivant : « Je veux aimer librement une personne, y compris tous ses secrets. Je veux aimer dans cette personne quelqu’un qu’elle ne connaît pas. Je veux aimer hors (la) loi : sans jugement. Sans faute. Je veux la rencontrer entre les mots, sous la langue. » Bon, c’est pas de Rob, ce truc-là. C’est un truc littéraire d’Hélène Cixous, je crois. Enfin, Rob le dit, il met les choses au point en écrivant qu’il cite cette meuf : Hélène Cixous. Qu’importe, ça l’a fait. Et j’avais ce job dans le porno, à ce moment-là. Et LUI aussi. C’est après qu’on a dézingué tout le monde, ou presque. Mais ça, vous êtes au courant, n’est-ce pas ? Ah ah, évidemment que vous l’êtes. Les gens le savent, vous le savez. Ce pays de merde tout entier est au putain de courant. Alors mon histoire comme vous dites, elle commence avec Rob et le porno. La belle citation de Rob et les doublages que je faisais dans le porno. On avait des fiches, je vous jure. On arrivait assez tôt le matin, et on avait des fiches cartonnées qui nous attendaient. Sur les fiches, on pouvait lire le nombre de scènes et puis les… dialogues, enfin vous imaginez, les onomatopées, les répliques genre : « Fourre-la-moi, vas-y ! Oh oui, plus profond ! Baise-moi, salaud ! Baise-la ma grosse chatte de pute ! » Oups, ça vous met mal à l’aise ? Non, bien sûr que non. Aujourd’hui, quelle personne est mal à l’aise avec le porno, hein ? Pas des tonnes, j’imagine. À peine de quoi remplir un dé à coudre. LUI, il rougissait quand il devait déblatérer ces conneries. C’était la première fois qu’on bossait ensemble. Il était pas nouveau mais presque, il était à la limite de murmurer son texte. Alors je l’ai mis en confiance, j’ai pas surjoué mais j’ai vraiment vécu mon rôle de doubleuse. On était côte à côte, debout devant des micros, on était à mater les images qui défilaient et j’ai réel pris mon travail à cœur, ce jour-là, parce qu’il était ultra mignon et que Rob Brezsny, le matin même, avait flairé le coup avec sa citation alléchante.

Tu veux que je te la foute dans le cul ? Il a récité à peine audible.

Oh oui ! J’ai fait, bien chaude. Lèche-moi le trou, avant. Fourre-moi ta langue dedans.

L’autre, à l’écran, elle écartait ses fesses. L’acteur approchait sa bouche et il commençait à la bouffer. LUI, il devait faire des bruits de chien qui lape. Il n’arrêtait pas de déglutir et de lancer des slurp slurp comme un vrai clebs. J’aurais pu me marrer, mais non. J’ai continué à m’exciter le cerveau, j’ai gémi, j’ai même imaginé des phrases qui ne figuraient pas dans le scénario. Enfin bref, il m’a enculé. Il a grogné : « Tiens, bouffe-la entière, sale chienne ! Bouffe-la ! » Et c’est ce que j’ai fait. Moi, l’actrice à l’écran. Toutes deux submergées de plaisir.

Si Rob nous avait vu, je ne sais pas ce qu’il aurait pu pondre pour son prochain horoscope. Quelle tournure aurait pris ma destinée sentimentale. Quoiqu’il en soit, on s’est retrouvés à siroter un café, à rigoler de notre job puis à s’envoyer en l’air dans une putain de chambre d’hôtel à deux pas de notre boulot. Moi, je dis, l’amour c’est du cul. Je m’en tape du romantisme. Le romantisme, c’est le début de l’aliénation. Mais l’amour c’est rien que du cul, une belle bite dressée et une chatte gonflée de désir et noyée de mouille. Pas la peine de passer par trente-six trucs pour dépeindre ça. Quand vous me lirez, j’espère que je vous ferais bander, que je vous exciterais parce que ça voudra dire que LUI et moi, c’était pas du chiqué et que l’amour qu’on avait l’un pour l’autre, il était raide, dur et humide comme un rêve porno sur grand écran. Alors c’est moi qui l’ai déshabillé. On avait fait du genre pénombre dans la chambre et on entendait les bruits de la rue, les gens, les véhicules, les autres portes qui s’ouvraient ou se fermaient dans l’hôtel. C’était cool, c’était vivant. On avait notre propre film, on n’avait pas besoin de doublures, on avait nos âmes en adéquation. Il était beau, putain ! Il était là, tout penaud mais il était beau, presque un foutu gosse qui se payait sa première pute, moi. Et moi, j’étais à fond dans le trip. Et moi, je voulais l’initier à la baise, à l’amour de la baise. Je voulais qui se lâche complet entre mes bras, mes cuisses. Je LE voulais, de merde ! Mon horoscope me l’avait prédit. Au matin, Brezsny avait mis sa plus belle robe d’allumeuse pour me le prédire. J’ai passé mes mains sous son t-shirt. J’étais collé à LUI et j’ai faufilé mes mains sous son t-shirt, sur sa peau tiède, sa peau douce et…

C’est une cicatrice, il m’a renseigné quand mes doigts ont effleuré une petite rivière en 3D.

J’adore les cicatrices, j’ai fait, ma bouche proche de la sienne.

Un coup de couteau, si tu veux savoir.

Quand t’étais en taule ? J’ai demandé sur le ton de la plaisanterie.

Ouais, c’est ça, quand j’étais en taule. Il a répondu, sérieux.

J’adore les taulards, j’ai rétorqué. J’adore tout ce que tu as pu être et tout ce que tu es.

L’amour, je vous dis. Mieux qu’un shoot ou une course effrénée de bagnoles. L’amour avec un grand Q. Et ma langue. Et nos langues. L’amour danse dans l’obscurité des bouches qui s’ouvrent à l’abandon. Une java, une valse, un pogo. Choisissez votre façon de bouger, choisissez votre rythme. Pour nous, c’étaient les trois mélangés. Pour nous, c’était à s’en lécher les dents, à chercher à s’enfoncer le plus loin possible, à laisser notre salive couler sur nos mentons. Je l’ai tété, j’ai capturé sa langue entre mes lèvres et je l’ai tété comme on bouffe le fond d’un putain de cornet de glace. J’ai léché son visage. Chaque centimètre de son visage. J’ai laissé ma salive se répandre sur son visage. Un masque humide et gluant comme une peau qui mue. J’ai pénétré ses narines, j’ai bouffé sa saleté, j’ai encore et toujours léché ses yeux, ses paupières fermées, ses oreilles, son cou. Sous ma jupe, j’ai senti ses doigts fins et nerveux se frayer un chemin jusqu’à ma culotte. Il a palpé mes fesses, les a malaxées, il a touché l’ouverture de ma chatte qui pleurait, il a murmuré :

T’es ultra poilu, c’est un cadeau.

J’ai eu peur qu’il se moque. J’ai eu peur de ne pas être à la hauteur des filles que je doublais.

T’es sûr ? J’ai dit dans un souffle. Tu préfères pas…

T’es une gamine avec une super chatte poilue. C’est encore plus excitant qu’une femme avec une chatte lisse.

Quand on s’est retrouvés sur le lit, on était à poil. Sa bite était tellement raide et dure, qu’elle tressautait sans qu’on la touche. Il m’a embrassé les seins. Il était à genoux sur les draps à côté de moi et il ne cessait de les embrasser. Mes tétons dressés me faisaient mal. Je lui ai dit :

Gifle-les ! Corrige-les, s’il te plaît.

Il n’a pas été choqué. Il les a d’abord claqués gentiment, presque en douceur puis, quand je l’ai supplié :

Plus fort, merde ! Plus fort, vas-y !

Il a fait des allers-retours à les rendre limite écarlates.

J’ai pleuré.

J’ai pleurniché au début puis je me suis mise à chialer sous la correction que je subissais.

Il a freiné. J’ai sangloté :

Non, continue ! Crache dessus et gifle-les ! T’arrêtes pas !

Mais il l’a pas fait. Au lieu de ça, il a descendu sur mon ventre, l’a mordillé puis a engouffré son visage entre mes cuisses ouvertes. Mes doigts ont écarté ma chatte. J’ai senti le bout de son nez me pénétrer. J’ai senti son menton, le début de sa figure qui essayait d’entrer en moi, de forcer mon trou déjà dilaté. J’ai poussé. Me suis rétractée. Mon vagin a émis un bruit tel un souffle d’air, mon cul a suivi et il a gémi en se retirant de quelques centimètres :

Oh c’est bon ! Te prive pas, donne-moi tout. C’est si bon.

Au moment où j’ai poussé de nouveau, l’un de ses doigts s’est enfoncé tout au fond de mon cul jusqu’à toucher le début de ma merde qui pointait. J’ai cru tourner de l’œil. C’était à son tour de pleurnicher d’excitation. Il a repoussé ma merde dans mon conduit. J’ai glissé mes doigts dans mon trou de chatte et j’ai touché le sien à travers la fine pellicule de peau qui nous séparait.

J’ai pas joui.

J’ai voulu qu’il vienne au-dessus de moi et qu’il me baise la bouche.

Je vais vous dire, et c’est pas parce que c’est LUI, sa bite est plus longue et grosse qu’un putain de canon de Police Python. Croyez-le ou pas, voyez-le comme ça vous arrange, n’empêche sa bite est plus mortelle que n’importe quel flingue sur le marché de la mort. Et dans ma bouche, j’avais l’impression d’avaler Kaa et toute sa famille de serpents à la con. Sûr. Mais avec un plaisir sans fin, un appétit vorace. C’est fou comme tous les trous sont bons à être fourrés. Et la mienne de bouche en recevait pour son grade. Son gland butait violent contre mon palais, ma gorge s’ouvrait identique à ma chatte affamée, je m’étouffais, sa queue m’étouffait, je reprenais des forces puis il recommençait, il a dit :

Je vais jouir !

J’ai secoué le visage, les yeux complets éclatés, j’ai répondu « non » avec la tête, il s’est retiré, j’étais pleine de bave, j’en voulais encore, mais pas par-là, je voulais qu’il me remplisse, qu’il revienne à ma fente et qu’il se vide en moi, qu’il lâche tout jusque dans mon ventre.

Ni lui ni moi n’avons pensé à nous protéger.

De toute façon, on était voués à crever ensemble, n’est-ce pas ?

Quand on a commencé à bousiller le monde, un peu plus tard, on savait depuis le début, depuis cette chambre d’hôtel, qu’on était voués à crever ensemble.

Alors on l’a fait comme ça, peau contre peau, tissus contre tissus, sang en ébullition contre sang en ébullition, veines palpitantes. Et ça a été transcendant, vous captez ? Ça a été aussi fulgurant qu’une rafale de mitraillette qui arrache la tronche d’un type aux abois. Son sperme m’a éclaboussé l’intérieur avec la force d’un canon scié. Je l’ai senti se répandre dans ma chatte comme un torrent de lave prêt à submerger n’importe quelle civilisation. J’ai gueulé, il a gueulé. Nos sexes accouplés s’enlaçaient sans vouloir se séparer. C’est pas vrai, vous savez, on ne se lasse pas de tout. Ce sont des conneries. Nous, on en a voulu toujours plus. Nous, on n’a pas arrêté de s’aimer même traqués, même collés dos au mur, même quand les gens ont commencé à nous haïr, vous, les gens, la justice, la merde de merde.

Il y a une phrase que j’ai lu, c’est pas un truc de Rob Brezsny, c’est pas de l’horoscope, je ne sais plus d’où elle sort, mais elle dit :

« Ils vous ont déjà dit que je possédais cette putain de ville sans loi ? »

Et je trouve qu’elle nous ressemble parce qu’on possédait ça, toutes les villes de tout ce con de pays et qu’on ne cessait d’avancer sans jamais dévier comme deux requins sans poisson-pilote, comme deux amoureux paumés au milieu d’un carnage sans précédent, le vôtre.

Prenez-en de la graine, et n’oubliez pas : Je m’appelle Anaïs Tock et je vous emmerde.

Anixa Carrie 2022

 

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