La fille qui voulait voir la mer – 9

12345
Loading...

mia michael


BDSMfétichismehumiliationsoumission et domination


*

L’après-midi, Lucia et moi, on repasse les vêtements piétinés. Il fait très chaud et on est en sueur. Carole vient nous demander :

— Vous êtes heureuses de repasser pendant vos heures libres ?

Lucia me pince et on répond toutes les deux :

— Oui Mademoiselle.

— C’est bien, vous êtes des servantes dévouées à votre maîtresse. Vous pouvez venir à l’avant, on va passer le détroit de Gibraltar.

On sort avec elle. Les autres sont aussi à l’avant.

Oh ! D’un côté, on voit l’Afrique et de l’autre, l’Europe. Derrière nous, la Méditerranée plutôt bleue et calme et devant, l’Atlantique plutôt gris et agité. À l’endroit où ils se rencontrent, les vagues sont assez fortes. On se cramponne, moi collée à Lucia, comme d’habitude.

C’est dommage qu’on ne fasse pas escale, j’aurais bien voulu voir les singes de Gibraltar, les seuls singes d’Europe.

On reste une heure dehors… Il y a de nouveau des dauphins devant l’étrave du bateau.

Je leur dis en pensée :

— Faites gaffe aux orques, les amis.

Comme vous savez, ils sont télépathes. Leur chef me répond :

— Fais plutôt gaffe à tes fesses Mona, ne fais plus de conneries. Quant aux orques, ces gros balourds, on leur pisse à la raie. Allez, bon vent Mona.

— Vous aussi, les gars.

Sympa, mais pas très poli, le chef dauphin… Et ça y est, tout le monde sait que j’ai reçu une fessée.

J’essaie d’entrer en contact avec les singes de Gibraltar, mais il n’y a pas assez de signal.

Lucia voit que je regarde fixement le rocher de Gibraltar. Elle me demande :

— Qu’est ce que tu fais exactement ?

Je deviens toute rouge. Bah, il n’y a pas de mal à ima­giner des choses. Je lui réponds :

— J’imagine que je peux… euh… parler par télépathie avec les singes de Gibraltar.

Elle lève les yeux au ciel avant de me dire :

— Quel âge tu auras à ton prochain anniversaire ? Huit ans ?

Heureusement que je ne lui ai pas dit que je discute avec son tee-shirt quand elle ne dort pas avec moi…

On doit achever de repasser les vêtements de la cinglée. Au moins, elle nous a permis de voir le pas­sage du détroit. Maintenant, on va suivre la côte du Maroc.

L’océan n’est pas trop agité et tout se passe bien. Carole nous fait bien un petit numéro à l’apéritif, mais rien d’original : je dois lui masser les pieds qui sont douloureux parait-il. Je préfère ça à d’autres choses qu’elle pourrait inventer.

Ce soir, Lucia ne dort pas avec moi. Elle ne me dit jamais ce qu’elle va faire. Je n’aime pas passer la nuit sans elle. Je prends chaque fois son tee-shirt de nuit comme doudou, son odeur me rassure. Elle me dit en souriant :

— Mon tee-shirt est « au sale », dans le sac.

Je rougis en lui disant :

— Ton odeur me rassure…

— Mais oui, pas de problème. Ce n’est pas huit ans que tu vas avoir, mais trois.

Bon… elle va dormir avec quelqu’un et moi, je m’endors le nez dans son tee-shirt.

 

 

Oh non, pas des pirates !

 

En pleine nuit, je suis réveillée par la porte qui s’ouvre violemment. On allume. Je suis face à un homme brun et barbu qui me dit :

— Habille-toi et viens dans la salle à manger.

Il lance un foulard sur le lit, en disant :

— Et mets ça sur ta tête.

Des pirates ! Ce sont sûrement des pirates. Oh ! mon Dieu, qu’est-ce qui va nous arriver ? Je mets vite mon uni­forme et je vais dans la salle à manger. À la table, il y a un homme brun et barbu. Carole est assise à côté de lui, elle a un foulard sur la tête. Un tchador, je crois. Lucia est également là, avec un foulard. Elle est debout dans un coin.

L’homme s’adresse à Carole :

— C’est donc elle, la seconde domestique.

— Oui Monsieur.

— Elle est jolie, comme tu as dit… C’est d’accord. On va à Mogadiscio pour la rançon et on vendra les deux ser­vantes.

Je gémis :

— Vous allez nous vendre ?

— Tu préfères qu’on te balance par dessus bord ?

— Non, Monsieur.

C’est juste un cauchemar… je vais me réveiller contre Lucia.

Voilà… J’ai beaucoup d’imagination et je pense sou­vent au pire, mais ça, je ne l’avais pas prévu. On est enlevées par des pirates et on va être vendues ! Qu’est-ce qui s’est passé ? Sans nous en rendre compte, on est peut-être montées dans la DeLoreanne du Doc (voir le film « Back to the future »). On a fait un bond dans le temps de trois siècles et notre bateau a été attaqué par des pirates barba­resques. Les aristocrates seront relâchés après paiement d’une rançon, tandis que les servantes seront vendues sur le marché aux esclaves d’Alger. Tout est conforme, sauf que nous serons vendues du côté de Mogadiscio et pas à Alger.

Carole a l’air au mieux avec le chef des pirates. Je ne veux pas dire plus, mais je le pense un peu, malgré tout.

C’est elle qui nous dit :

— Tout le monde être enfermé, sauf vous qui restez des servantes. Veillez à toujours avoir la tête couverte, car le Seigneur Abd Al-Wahid, notre très vaillant chef de guerre, fera fouetter celle qu’il verra tête nue. Vous avez compris ?

On dit ensemble :

— Oui, Mademoiselle.

Je resserre le nœud de mon foulard.

Un Seigneur ? Mon cul ! C’est un pirate. Je suis vul­gaire, mais c’est le stress. Un stress de toute beauté, hérissé de pointes d’acier. J’ai les jambes qui tremblent et une terrible envie de faire pipi.

Le Seigneur nous lance :

— Café fort !

Lucia s’incline très bas en disant :

— Oui Monsieur, immédiatement.

Elle me prend par le bras et on va vers la cuisine. Dès qu’on est sorti de la pièce, elle se tourne vers moi et me donne une claque.

— Aïe !

— Reprends-toi Mona, immédiatement.

— Ouiii…

Je frotte ma joue, mais je me sens un peu moins mal. Le stress hérissé de pointes d’acier qui grandissaient dans mon estomac diminue légèrement d’intensité. Lucia sait ce qu’il faut faire. Tant que je reste près d’elle, je ne risque rien. Enfin, on dit comme ça. On croise des pirates, Lucia s’incline en passant près d’eux, moi aussi.

Dans la cuisine, Lucia prépare du café.

Je lui demande :

— Je peux te poser une question ?

Elle imite ma voix affolée :

— Qu’est-ce qui va nous arriver, Lucia ?

Puis elle fait la réponse :

— On va être vendues et, comme on est séduisantes, on finira dans un harem ou à Hollywood.

Elle rit… On est aux mains de pirates sans pitié et elle rit ! Elle ajoute :

— Mais non, on va être achetée par des amateurs de jolies femmes. Et dès qu’on a l’occasion, on s’évade.

— Tu le jures ?

— Mona, fais pas l’enfant !

— Tu me le juuures ?

— Mais évidemment, croix de bois, croix de fer…

Je m’accroche à cette formule comme à un mantra, Lucia a dit « on s’évade ». Et puis je brode : en plus de s’évader, on ouvre un petit resto sur la plage de Barcelone.

C’est une défense, me réfugier dans l’imaginaire. Et parfois, ça marche.

Je colle Lucia plus que jamais. C’est comme si on avait trouvé la même ficelle et que chacune est à un bout.

Je suis terriblement angoissée et pour une fois, il y a de bonnes raisons. Je ne vais pas le dire sans arrêt : jusqu’à notre évasion, je serai terriblement stressée.

On est quatre à pouvoir circuler librement sur le bateau, Carole la cuisinière, Lucia et moi. On continue de faire le service, mais ce sont les pirates qui vont apporter la nourriture aux prisonniers, enfermés dans leurs cabines.

Nous, on doit servir les repas aux pirates et à Carole, dans la salle à manger. C’est quand même bizarre qu’elle mange avec eux. 

*

A suivre.

 

Six de mes livres illustrés par Bruce Morgan sont publiés par La Musardine.

 

http://www.lamusardine.com/P32760-samia-fille-du-voyage-morgan-bruce-michael-mia.html

 

CETTE HISTOIRE VOUS A PLU ? N’OUBLIEZ PAS DE LA COMMENTER ET DE LA PARTAGER !

***

Retrouvez les autres histoires de Mia Michael

Vous êtes auteur ? Voici quelques conseils pour écrire les vôtres : https://blog.meshistoiresporno.com/2020/08/23/meshistoiresporno-mode-demploi-et-nouvelle-formule/

 

Vous avez aimé ce texte, vous aimerez sûrement ...

Donnez nous votre avis !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *