LA VOLEUSE

1

–Vous êtes au service clients de la société Marchands de Plaisir. Bonjour.

–Je vous appelle au sujet d’un colis que je n’ai pas reçu.

–Vous étiez supposée le recevoir quand ?

–Il y a deux jours si j’en crois le suivi sur le site du transporteur.

–Donnez-moi vos coordonnées, s’il vous plaît, madame.

–Estelle T… no de client 6234557.

–Je vérifie…Un instant.

–J’attends.

–D’après mes données, le livreur a déposé le colis dans votre boîte à 12 heures 43. Ils sont tenus de le signaler pour qu’on ait une trace.

–Je suis rentrée sur le coup de 15 heures. Et je peux vous jurer qu’il n’y avait pas de colis dans ma boîte aux lettres.

–Nos livreurs sont totalement fiables.

–Et moi je fais quoi ? J’ai payé pour quelque chose que je n’ai pas reçu, et que vous m’assurez avoir déposé dans ma boîte.

–Faites une lettre de réclamation. On avisera.

–Bientôt vous allez me dire que je mens…J’ai payé pour ce coffret et je ne reçois rien. Vous trouvez ça normal ?

–Madame…Écoutez…Ne raccro…

2

Dans la vie, on a toujours des révélations, qu’elles soient sexuelles ou autres. Pour moi ça a été une soirée de Noël chez des amis. On était une bonne quinzaine et on savait déjà en arrivant qu’on passerait la soirée mais aussi la nuit sur place. Une grande maison avec plusieurs chambres d’amis. Je me suis retrouvée dans l’une d’entre elles. Contrairement à d’autres, je n’avais pas bu, mais j’appréciais de ne pas faire le chemin du retour et de rester avec mes amis. Je me suis endormie pour me réveiller très tôt au petit matin. Tout le monde dormait encore. Le silence autour de moi, la perception de la maison, grande, vierge pour le moment de tout mouvement, de tout cri humain, qui vivait sa vie propre, qui respirait, un craquement, la circulation libre de l’air dans les couloirs…

Et j’ai commencé à me caresser. Pour dormir, j’avais mis une chemise de nuit, simple, blanche, en coton, ultraconfortable. En dormant, en tournant dans le lit, elle était remontée au niveau de ma taille, et mon ventre était libéré. Je n’avais guère d’effort à faire, simplement descendre ma main et trouver ma chair. Même si je ne venais pas forcément, et pas tout de suite sur mon sexe, mais j’allais sur d’autres zones, mes cuisses, mon ventre, mes seins. J’avais découvert très tôt, à l’encontre sans doute de pas mal de discours, que le corps pouvait donner du plaisir, et je m’en étais donné, même si ce plaisir avait pris une autre dimension au moment de l’explosion hormonale. En tout cas, je n’avais jamais remonté à ce plaisir, il avait été un guide, mais aussi une bouée dans des moments de solitude, et face à l’évidence que je n’aurais pas de relation stable. Et, pour tout dire, je préférais très nettement le plaisir que je pouvais me donner, infini, subtil et varié, à celui que je pouvais avoir avec des hommes qui pensaient beaucoup au leur, de plaisir, mais pas au mien. Et donc je prenais du temps pour moi. Je savais, des discussions entre filles, que pour beaucoup il y avait le poids social, c’était souvent déterminant…Ce qu’on disait à la maison…C’est sale, immoral de se donner du plaisir, c’était donc un tabou…Dommage pour elles, elles ne savaient pas ce qu’elles perdaient.

Et moi je n’imaginais pas que ce jour-là, mon existence allait basculer de manière radicale.

Je suis venue tourner sur mon ventre. C’était bon, c’était chaud, et la chaleur qui naissait là se répandait à mon sexe qui commençait à réagir, devenir humide, s’ouvrir…Le plaisir s’installait en moi.

Ca a été une série de hasards qui m’ont fait découvrir le plaisir AUTREMENT. J’ai eu un mouvement de bras maladroit, et mon coude est venu percuter la table haute qui servait de table de chevet. Celle-ci, déséquilibrée, est tombée. Dessus, il n’y avait rien, mon étui à lunettes, mes lunettes étaient sur mon nez, et par contre, deux tiroirs qui s’étaient eux ouverts. Un objet avait glissé sur le sol…

Ce qui m’a frappée le premier ça a été sa couleur. Un rouge pétant.

Sur ce coup-là j’ai pas été très maline je crois…C’est un peu l’histoire de la poule qui trouve un couteau. J’ai regardé l’objet, je me suis dit, non pas qu’est-ce que c’est, mais surtout comment ça fonctionne…Il ne m’a fallu que quelques secondes pour comprendre qu’il s’agissait d’un objet destiné à se donner du plaisir de manière plus sophistiquée que la mienne. Je n’avais jamais ignoré qu’il existait toute une gamme de jouets qui permettaient de se donner du plaisir, mais je n’avais jamais creusé la question. J’aimais la manière que j’avais de prendre mon pied, et je n’avais pas vraiment de raison d’en changer. Je trouvais que le contact de chair à chair, sans l’intermédiaire d’un objet était parfait, et qu’il permettait surtout de jouer sur une gamme infinie de possibilités.

Mais on peut toujours changer d’avis.

Sans doute que si je ne l’avais pas mis en marche par accident, je l’aurais simplement remisé dans le tiroir une fois que j’aurais eu redressé la table. Mais en le saisissant, j’ai effleuré la base du vibro, car c’était un vibromasseur, et le moteur est entré en action.

Contre ma main, la vibration a été très agréable. Une caresse qui se prolongeait.

Et là, ça s’est enchaîne très vite.
Je suis venue poser le vibromasseur sur mon ventre, et j’ai enchaîne des cercles concentriques…

Je ne dirais pas que ça a été un plaisir plus fort. Ça a été un plaisir différent. Intense, mais avec mes doigts aussi ça pouvait être intense. Je crois que ce qui a fait la différence, ça a été simplement la nouveauté. Et la conscience aussi sans doute que j’avais devant moi un immense champ de possibles à explorer.

J’ai baladé le vibro sur moi, sans venir encore sur mon sexe. Mon ventre, mes cuisses. Je savais, j’anticipais déjà que les moments à venir pouvaient, et allaient sans doute être intenses. J’étais déjà décalée dans la force du plaisir que je ressentais.
Quand la tête du vibro est venue contre mes lèvres, j’ai su que j’allais jouir. J’ai lâché une espèce de petit cri, alors que l’orgasme me traversait, aussi soudain que fort.

Il y a eu ce premier moment, très fort, de quelques minutes, durant lequel j’ai exploré les possibilités du vibro, le frottant sur moi d’abord puis le faisant ensuite glisser entre mes lèvres, jusqu’à ce qu’il soit totalement planté en moi. Ça a été un de ces moments que celles qui condamnent le plaisir avec soi-même aurait sans aucun doute totalement et radicalement rejeté. Un moment de plaisir très fort, qui a été crescendo, des orgasmes de plus en plus forts, des jaillissements de liquides intimes… Ça m’a laissé sans forces, le drap sous moi trempé, le sexe ouvert d’excitation, avec derrière moi un plaisir auquel j’ai beaucoup repensé dans les jours qui ont suivi, et qui ne pouvait que m’inciter à continuer sur cette voie, sans pour autant renier les moments d’une rare intensité que je pouvais vivre dans un simple contact avec ma main, et que je n’ai pas négligés pour autant. Mais un monde nouveau de possibilités s’ouvrait devant moi, et j’avais évidemment, la nature humaine, très envie de l’explorer.

En partant, j’ai fait ce que font souvent des invités, et ce n’était sans doute pas très glorieux : j’ai emporté avec moi ce vibro rouge vif, auquel je garde un attachement tout particulier. Il était le premier d’une longue série, le première brique de la maison, et donc il a pour moi un statut unique.

J’avais encore trois jours de vacances, et, je peux le dire sans fausse honte, ces trois jours ont été quasi essentiellement consacrés à la découverte du plaisir qu’on pouvait avoir avec un tel objet. J’ai fait mes gammes, et renforcé la certitude première : oui on pouvait vivre des moments aussi forts que variés avec des jouets sexuels.

L’étape suivante, c’était la consultation de sites qui vendaient de tels jouets. Aujourd’hui, on vit une époque magique où l’on peut recevoir chez soi tout ce que l’on veut. Je ne m’en suis pas privée. J’ai acheté la semaine suivante un énorme vibro, long, avec un corps épais et une tête ronde…Il servait au départ pour les masseuses professionnelles, mais il avait été très vite détourné vers une utilisation sexuelle. Hors de question de le rentrer en soi bien sûr, mais on le positionnait sur ses parties intimes…Il était à la mode, d’après ce que j’avais pu lire…Je n’étais pas totalement convaincue, mais le premier essai m’a prouvé le bien-fondé des avis positifs…J’ai joui jusqu’à hurler, et si je n’avais pas éloigné l’objet, sans doute que je jouirais encore…Une telle puissance…J’ai aussi acheté un autre vibro avec une tête supplémentaire, un décrochage qui venait masser votre clitoris pendant que vous le faisiez glisser en vous. Un plaisir démultiplié, et là aussi très intense.

Chaque objet était unique, et donnait un plaisir différent, lui-même forcément variable selon les moments, comme quand ma main venait sur moi.

J’ai du m’acheter deux à trois jouets par mois. Les tester…Et les adopter…J’avais donc une palette d’objets pour me donner du plaisir, et je dois bien avouer que mon temps de loisir s’est de plus en plus axé sur les jouets et les jeux sexuels. Le matin, avant de partir travailler, je prenais du temps pour moi, et le soir…Eh bien je ne regardais pas un film, j’étais dans ma quête de plaisir.

Je commandais sur plusieurs plateformes…

Et il y avait donc eu cet incident, quand je m’étais commandé un ‘coffret PLAISIR’, selon l’intitulé du site. Coffret qui contenait toute une série de jouets. Et je n’avais rien reçu.

J’ai fait une lettre, puis encore une autre. Sans doute parce que j’étais une fidèle cliente, je ne sais pas si ça se serait produit sinon, j’ai eu droit à le choix entre un remboursement et un second coffret. Et j’ai choisi la seconde option.

J’ai bien eu le coffret et j’ai pu prendre de bons moments. Sans pour autant cesser de me poser la question, ce qui était peut-être futile. Où était passé le premier colis ? Jamais envoyé ? Posé dans une autre boîte ? Détourné par le livreur qui l’avait revendu ?

Je louais un appartement dans un quartier nouveau, des immeubles neufs de trois étages, avec deux appartements par étage.

J’avais une nouvelle voisine depuis trois mois. Une nouvelle voisine qui à la fois me distrayait de mes obsessions masturbatoires et en même temps m’y ramenait. J’aimais les filles, je les aimais d’ailleurs de plus en plus, les garçons m’avaient globalement déçu, et Léah était un petit bijou. Elle m’avait plu dès la première seconde. Grande, brune, élancée, avec des formes auxquelles il était difficile de rester indifférente. Elle était chaleureuse et souriante.

Un instant, je m’étais demandé…Si le coffret n’était pas arrivé dans sa boîte à elle. En effet, dans l’entrée, les boîtes étaient par étage, deux par deux, séparées par un pan de mur…

Elle avait l’air pourtant remarquablement honnête. Avec mon nom dessus…Elle me l’aurait rendu.

Il s’est passé deux semaines entre le jour de réception potentiel du colis et celui où j’ai eu une réponse que je ne pensais d’ailleurs pas trouver.

C’était un samedi en début d’après-midi, et je faisais le ménage. Le hall était une partie commune et je le nettoyais aussi. J’avais préparé la serpillière, j’ai ouvert la porte. J’ai tout de suite remarqué que la porte de ma voisine était entrouverte. Ce n’était pas d’ailleurs la première fois. Certains gardent leur porte obstinément close. D’autres non. Sans doute qu’elle se sentait à l’aise ici, dans cet immeuble qui était, c’était vrai, très paisible. Une manière d’agrandir son espace, ou de laisser entendre qu’on n’a rien à cacher ?

J’ai ouvert ma porte, attrapé le seau dans ma main droite, et le lave-pont et la serpillière dans la gauche. J’ai avancé sur le palier.

L’immeuble était calme, et on n’entendait rien. Un silence dense.

Ca a été au bout de quelques secondes que j’ai entendu les halètements. Réguliers, ils provenaient de l’appartement en face de chez moi.

Dans un premier temps, avec un soupçon de panique, j’ai pensé qu’elle se trouvait mal avant de comprendre que ces halètements étaient proches des miens quand je me donnais du plaisir.

J’avais deux options : soit je les ignorais et je rentrais chez moi, soi je cédais à ma curiosité.

C’est celle-ci qui a été la plus forte.

Consciente de violer à la fois sa propriété et son intimité, je me suis avancée jusqu’à la porte d’entrée.

J’ai trouvé comme alibi que la porte était suffisamment entrouverte pour que je puisse me glisser à l’intérieur sans la pousser et donc que ce ne serait pas vraiment un viol de propriété.

Alibi piteux.

Les pièces étaient en enfilade, et les portes ouvertes. De la sorte, avec un peu le même effet que les mises en abyme dans certains tableaux, je pouvais avoir une vision du living, mais aussi, au-delà, de la chambre.

Elle était installée sur le lit. Un pull orange remonté au-delà de ses seins, un pantalon de survêtement et une culotte blanche descendus à ses chevilles. Je ne pouvais pas voir son visage, mais la masse de ses cheveux étalés autour d’elle sur le lit, ces cheveux noirs, épais et soyeux qui étaient un de ses signes caractéristiques. Et puis il y avait un corps blanc, nu, fin et charnu en même temps que je n’avais vu jusqu’alors que gainé, enveloppé par des vêtements divers. J’avais pas mal fantasmé dessus, sans imaginer le découvrir. C’était le moment ou jamais. Elle était aussi bien faite que ses vêtements le laissaient anticiper. Une peau blanche, des seins ronds, bien pleins, qui partaient à l’assaut du ciel, marqués par des tétons bistres tendus par l’excitation et peut-être d’autres causes…En laissant son regard glisser, on pouvait apercevoir une toison brune, taillée, ce que je préférais à des sexes imberbes, et un sexe ouvert. Sexe qui n’était que partiellement visible, car il était caressé par un de ces appareils avec un corps épais et triangulaire, et une grosse boule vibrante et tournante en guide de tête qu’elle faisait bouger sur elle, le mouvement, de haut en bas, et de bas en haut me laissant quand même voir des lèvres bistres, et gonflées qui tranchaient avec sa peau blanche, et un clitoris décalotté, qui disaient son excitation tout autant que la luisance de ses chairs, et le flot de sécrétions, nettement visibles, qui coulait d’elle avec régularité.

C’est selon les goûts, les fantasmes, les obsessions de chacun, mais, sans aucun doute, cette vision me chamboulait totalement. Si j’avais été un homme, j’aurais été en pleine érection. J’aurais eu la queue longue et dure. J’étais une femme je sentais juste mon sexe se dilater et se tremper.

Je n’avais qu’une envie : rester là, et la regarder se donner du plaisir. Elle était à mille lieues de notre monde, et elle ne sentait pas ma présence.

Et puis j’ai remarqué le coffret. Il était posé dans le living sur une grande table, ouvert…Je ne voyais pas ce qu’il y avait à l’intérieur, mais j’ai eu soudain la certitude absolue, comme une évidence, que ce coffret était celui que j’avais commandé. Il était de taille moyenne, laqué, et blanc, mais je me suis rappelé que le modèle était proposé en deux versions, blanc ou noir, et que j’avais choisi le blanc. Si ce coffret n’était pas le mien…

Curieusement, je ne suis pas arrivé à lui en vouloir. Je trouvais sympa qu’elle puisse prendre du plaisir avec le colis… Et pourtant…Il y avait bien mon nom dessus, et, à défaut de pouvoir le fourrer dans ma boîte aux lettres, elle aurait très bien pu me laisser un mot….Mais elle avait ouvert le colis et y avait trouvé de quoi prendre du plaisir. Et elle se gênait pas…J’étais dans le living à présent, visible, mais elle était ailleurs, en plein trip, avec le vibro qui la faisait à présent jouir et gémir.

J’ai examiné le contenu du coffret. Il y avait effectivement tout ce qu’il fallait pour des moments de jouissance.
J’ai attrapé un double gode. J’avais toujours été fan de ces longs serpents de plastique, parce qu’on pouvait aussi bien prendre du plaisir toute seule qu’à deux avec, et qu’ils permettaient une infinie variété de possibilités. La première fois que j’en avais utilisé un…Je m’étais caressée longuement avec, avant de le faire aller et venir en moi, puis je m’étais dit que, puisqu’il était très long et pliable…Je m’étais auto-surprise de mon audace…La chair se plie bien à des désirs, et le serpent de plastique se pliait bien aussi. J’avais déjà enfoncé des joujoux dans mon anus, et il était devenu plus souple. Il l’avait toujours été à vrai dire. Je l’avais appuyé sur ma muqueuse anale, et il avait glissé en moi. J’avais expérimenté une double pénétration, deux zones distinctes, avec chacune leur plaisir propre et un double plaisir, qui m’avait donné envie de continuer à utiliser ce jouet. Je n’avais jamais eu toutefois l’occasion de l’utiliser avec une partenaire, j’avais juste fantasmé des utilisations possibles. C’était sans doute le moment où jamais.

Elle n’a senti ma présence qu’au dernier moment. Elle n’a pas eu peur. Elle redescendait de la série de vagues de plaisir qu’elle venait d’éprouver. De près son corps était aussi attirant que de loin. Une chair blanche, que l’on avait rêvée douce, et que l’on avait la possibilité, à quelques centimètres de la pulpe de ses doigts, de pouvoir frôler, caresser. Son sexe était gorgé de sang, ses chairs gonflées, luisantes des jus qu’elle avait pu déverser, son intérieur ouvert d’excitation, bien visible, et visible loin, jusqu’à l’utérus, une muqueuse rose et luisante qui attirait le regard et les envies de caresses…Elle avait posé le vibro entre ses cuisses, il masquait son anus.

–Ce n’est pas bien de voler les colis des autres…

Elle a eu un sourire qui disait clairement qu’elle se fichait bien d’être prise la main sans le sac…Dans le coffret plutôt. Je me suis demandée un instant, si tout n’avait pas été fait pour, au final, m’attirer ici, dans ce moment, dans cette situation. Ca aurait été machiavélique…Mais son sourire était machiavélique…

–Je ne veux pas être accusée d’un crime que je n’ai pas commis.

–C’est bien le coffret que j’attendais, non ?

–Le livreur s’est trompé. Et moi j’attendais un colis…Je l’ai ouvert sans regarder à qui il était adressé. Bon j’ai bien vu qu’il ne m’était pas destiné. Et j’ai décidé de le garder.

–Je ne suis pas convaincue.

–Oh, mais pense ce que tu veux.

— Tu es une sale petite voleuse. Point à la ligne.

Ma main est venue se poser sur son ventre légèrement bombé. La sensation de sa peau chaude et douce…J’aurais été prête à me damner pour cela…Pour pouvoir profiter de son corps, de ses formes, de sa bouche. Mais elle semblait encline à me les prêter, même pour un moment bref. La volonté de se faire pardonner ? Je n’en étais même pas sûre…Je l’attirais, et elle m’attirait. C’était déjà beaucoup. Un pas à la fois.

–Je vais te le rendre, va, ton coffret.

–Je n’en ai plus besoin. Tu peux le garder. Je te l’offre. Je m’en suis offert un. Tu as tout souillé avec ta mouille.

–Ma mouille, comme tu dis, je suis sûre que tu as envie de la boire jusqu’à la dernière goutte.

Elle avait bien raison, et je lui ai prouvé sur le champ, en plongeant sur son sexe. Il y a eu un premier contact, une chair chaude, douce et gonflée, et à la deuxième seconde, déjà, ma bouche envahie par une vague de sécrétions vaginales. Elle m’a inondée d’abondance dans les minutes qui ont suivi pendant que je parcourais son sexe pour la première fois, en rêvant d’autres moments. Mais il y avait déjà celui-là, et je pouvais en profiter à fond.

–Je crois que je vais jouir, elle a dit, alors que je tournais sur son clitoris.

–Pas encore, c’est trop tôt.

J’avais toujours été très intuitive concernant le sexe. Ca venait tout seul, et c’est ce qui m’a guidé dans les minutes qui ont suivi, et pas une expérience semblable de par le passé. J’avais posé le long double gode sur le lit. Quand je l’avais pris, je n’avais pas une idée précise de comment m’en servir, mais mon inspiration a été mon guide et un bon guide. J’ai attrapé une des extrémités du serpent rouge, et je l’ai fait glisser dans mon sexe, ouvert mais sans doute moins dilaté que le sien. D’habitude, quand j’insérais un gode dans mon vagin, c’était pour me donner du plaisir, et je le faisais bouger en moi. Cette fois, je me suis demandé une seconde si ça allait être possible avant de comprendre que oui, c’était bien le cas, j’ai contracté mes muscles vaginaux pour le bloquer. Un tiers planté en moi, bloqué, fermement serré par mon intimité, il restait deux tiers de libre, et l’évidence que je pouvais, en tenant le sexe de plastique, le contrôler ainsi, un peu comme si j’avais eu une queue. C’était bien d’ailleurs l’illusion à laquelle je m’adonnais déjà, et elle était enivrante. Ca semblait lui plaire aussi, comme un jeu nouveau qu’elle n’aurait même pas imaginé et qui faisait briller son regard.

La suite aurait été naturelle si j’avais été un homme et elle une femme. Elle avait une dimension incroyablement excitante dans ce déroulement totalement inhabituel qui impliquait une pénétration, mais avec un postiche.

Je suis venue poser la tête de la queue de plastique contre ses lèvres là où quelques instants plus tôt il y avait mes lèvres et ma langue. Curieusement, le plastique me transmettait toutes les sensations. Avec une fascination partagée, on a regardé le membre de plastique passer la barrière de ses lèvres dilatées et commencer à rentrer en elle. Si j’avais été un homme je crois bien que j’aurais craché ma semence, dans un premier orgasme. J’ai été très proche de jouir, mais quelque chose m’a retenu, et a ralenti mon plaisir. J’ai continué d’avancer dans son intimité, percevant bien autour de moi sa chaleur intime, et voyant ses jus ruisseler le long du plastique. Je ne me suis arrêtée que lorsque la tête du gode a tapé contre son utérus. Elle a poussé un long soupir, comme si se trouver ainsi remplie était une source de félicité.

–Fouille-moi bien, maintenant, elle m’a dit.

C’est à ce moment que j’ai été vraiment convaincue que tout ce qui s’était produit n’était que l’aboutissement d’un long processus. On devait en arriver là parce qu’elle l’avait calculé ainsi. Mais c’était très bien comme cela.

J’ai craint un instant de ne pas y arriver, puis je me suis mis à bouger comme un homme peut bouger dans le sexe d’une femme. Au fil des secondes, j’ai vraiment eu l’impression, excitante au possible qu’une queue m’était réellement poussée, une queue qui bougeait dans le nid serré de sa chatte. Je la sentais autour de moi, collée au plastique, l’enveloppant, la comprimant, et je me sentais me dissoudre, être totalement dans ce morceau de plastique.

Elle avait une expression radieuse, comme une suite au plaisir qu’elle avait pris toute seule, mais un plaisir différent, dans un contexte différent. Avec une femme en aplomb d’elle, qui la fouillait avec une queue poussée magiquement, comme dans certains mangas. Une femme qui ressentait de plus en plus l’effet en retour des chocs contre sa chair, avec des vibrations qui remontaient dans son ventre et lui donnaient du plaisir. C’était un peu l’arroseur arrosé. Ça a été ironique parce que je ne pensais absolument pas jouir, et je me suis retrouvée au bord de la jouissance, un orgasme que je n’attendais vraiment pas montant en moi en quelques secondes avant d’exploser et de me remplir d’une onde de plaisir, qui m’a fait penser qu’utiliser un jouet sexuel seule c’était très bien, je ne renoncerais pas là-dessus, mais c’était très bon à deux. Une leçon que je ne risquais pas d’oublier. D’autant qu’elle m’a fascinée quelques secondes plus tard, quand elle a été emportée par une phase intense de jouissance, secouée par des spasmes, éjaculant des jets de liquide sur et autour du gode…Pour elle aussi ce moment avait eu une réelle puissance.

On aurait pu en rester là. Mais ça n’a pas été le cas. J’ai senti qu’elle se contractait autour du gode pour en prendre possession, et j’ai libéré la pression que moi je maintenais. Elle a amorcé les premiers mouvement, animant le membre de plastique, le faisant bouger en moi…J’ai lâché un long gémissement. J’aurais pu déjà jouir. Je me suis basculée à quatre pattes. J’aimais me sentir remplie et dans cette position la sensation était irrésistible. Elle a attrapé mes hanches, et, ses mains accrochées à moi, ses muscles vaginaux serrés autour du gode, elle m’a besognée longuement, me donnant un plaisir intense. Comme elle, mais sans doute un degré en dessous, et sans éjaculer, j’ai joui avec violence.

Le gode était encore en nous, comme un trait d’union quand on s’est effondrées sur le lit, enchevêtrées. Son regard a accroché le mien, et j’ai su que ce ne serait pas qu’une fois unique.

 

 

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