Il n’y avait pas d’arrêt de bus proche des locaux de mon copain Paul, mais j’avais l’habitude de marcher. Sentir le sperme couler de ma raie me maintenait dans un état d’excitation qui, en définitive, était celui dans lequel je passais mes journées, entre sollicitations, fantasmes, et moments avec des garçons et des filles.
J’ai croisé des hommes qui m’ont regardé avec envie. Des femmes aussi. J’ai eu envie de leur dire que, sous ma robe, du sperme coulait entre mes cuisses. Proposer aux filles de venir me nettoyer de leur langue, aux hommes de frotter leur queue contre, et de rajouter du sperme au sperme. Pourquoi ces pensées qui tournaient en moi? J’étais vraiment une obsédée.
J’ai fait une pause un instant pour compter les billets dans l’enveloppe. Il avait été généreux. Ca me permettrait, en partie, de régler mes factures. Quand on n’a ni emploi, ni formation, il faut se débrouiller…Et j’utilisais ma meilleure arme…Celle dont je savais parfaitement me servir…Mes charmes…
Je suis arrivée dans les locaux de Paul sur le coup de neuf heures trente. Je trouvais qu’il y avait une sorte de paradoxe de gérer des gens qui n’avaient pas d’emploi et peu, sinon pas du tout d’argent, qui se débattaient pour survivre dans des locaux souvent flambant neuf, récemment ou très récemment construits, qui projetaient l’image d’une certaine forme de luxe. C’était une manière de dire ‘Nous, nous sommes plus que vous…’
Je me suis installée sur un fauteuil dans le hall d’attente. Mon conseiller est venu me chercher quelques minutes après.
C’était lui qui s’occupait de moi depuis un an, depuis qu’il était arrivé. Quelqu’un de spécial. Il abordait la cinquantaine de la plus mauvaise façon qui soit. Il était grand, et il avait du être bel homme dans sa jeunesse, mais tout cela avait disparu, et ce pour de multiples raisons. Une calvitie marquée qui lui mangeait le crâne, et qui aurait passé mieux s’il s’était rasé les quelques cheveux qui lui restaient. Une posture qui marquait un certain repli sur lui-même, comme si tout l’accablait. Il portait de plus d’éternels costumes gris, avec une chemise blanche, et des cravates assorties qui ne le mettaient pas en valeur. Il avait du en faire faire une série sur le même modèle. Quand on regardait bien, on se rendait compte que ce n’était pas en fait tout à fait les mêmes gris. Ca mettait un peu de fantaisie.
Mais ce qui était le plus frappant, sans doute, chez lui c’était ce mélange de stress et de fatigue qu’il portait en permanence. On avait l’impression que le poids du monde, en tout cas des dossiers qu’il devait gérer, était sur ses épaules. Je l’avais entendu parler à ses collègues, entre deux personnes, et ce qu’il disait reflétait parfaitement ce qu’il semblait ressentir. ‘J’ai 53 personnes à gérer et j’en peux plus…’, ‘J’ai l’impression d’être au fin fond du gouffre et j’arrive pas à remonter…’ C’était sûr que des cas comme moi n’étaient pas là pour lui remonter le moral…
Je l’ai suivi, et je suis passée dans son bureau. Son regard posé sur moi trahissait toutes ses pensées. Je sentais bien que je le perturbais énormément. Pourtant, à son doigt, il y avait un anneau qui pouvait laisser penser qu’il était marié…Mais ça ne signifiait pas grand chose. Le mariage, on s’en lasse très vite. Quand on a toujours le même plat à manger midi et soir, on rêve d’aller au restaurant.
Je me rendais bien compte, depuis le premier jour en fait, que je le troublais…Ca tenait à des regards qui se posaient sur moi, et qui le trahissaient. Il s’efforçait de contenir ses envies, mais ça remontait toujours.
Je me posais la question de savoir si, quand je passais le voir, je me faisais plus provocante que les autres jours. La réponse, c’était non, d’évidence, mais je l’étais déjà suffisamment pour le troubler.
Je n’allais pas me mettre une burqa pour lui faire plaisir.
—Alors, rien de neuf?
Les entretiens démarraient toujours de manière relativement calme, et puis après ça commençait à partir en vrille.
—Pas grand chose.
—Vous ne faites pas vraiment d’efforts pour vous sortir de cette situation difficile qui est la votre.
—J’en fais plus que vous ne le pensez.
Mais les solutions que j’avais trouvées n’étaient évidemment pas celles qu’il aurait préconisées.
Il s’est efforcé de reprendre le contrôle de lui-même. Pour lui, évidemment, j’étais une grosse feignasse qui n’avait pas et n’avait jamais eu envie de travailler.
—J’ai une proposition à vous faire. Quelque chose qui serait tout à fait à votre portée.
Il a pianoté sur le clavier de son ordinateur. Ne pas me regarder, c’était une évidence, lui apportait un certain répit.
—Ah, ça y est….Une chaine de hard discount vient d’être rachetée par un groupe allemand qui a rénové les magasins de fond en comble. Ils n’ont gardé qu’une partie du personnel et ils recherchent du monde. Il n’y a aucun besoin d’être qualifié. Vous vous présentez, il faut faire preuve de motivation, bien sûr, ils vous prennent, vous commencerez en multi-tâche dans le magasin, avec un peu plus du SMIC, ils vous proposeront des formations, et si vous êtes motivée, vous pourrez gravir facilement les échelons. Par contre, il ne faut pas trainer. Je vous conseille de vous présenter dans la journée. C’est une occasion en or, ça vous permettrait de sortir enfin de cette situation difficile qui est la votre.
Il a imprimé la feuille, s’est levé pour la récupérer, puis il me l’a tendue après s’être rassis.
Et il est devenu tout rouge. J’ai été vraiment surprise. Il y a quelque chose qui est remonté en lui, qui devait sans doute couver depuis un bon moment. Cette rougeur sur son visage, ce regard fou, avec ces yeux qui semblaient devoir sortir de ses orbites.
—Vous êtes dégueulasse…Une belle dégueulasse…Vous n’en avez pas marre de porter ces tenues…(Il a cherché le mot, avant d’ajouter) indécentes…Je vois votre chatte depuis dix minutes…Vous pourriez mettre un slip sous votre collant…
—C’est mon corps, j’en fais ce que je ceux…Je ne suis pas la première à mettre juste un collant sous une robe, sans culotte…
—Quoi que vous portiez, vous êtes indécente, il a continué, commençant à monter la voix.
On était dans un bureau isolé, la porte fermée, mais qui n’était pas totalement hermétique, et le verre portait sans doute les sons, toujours était-il que l’attention des personnes dans les locaux voisins a commencé à se porter sur nous.
—Quoi que vous portiez, vous êtes provocante…Des pantalons ultra-moulants qui vous collent à la peau…Des hauts dont on ne se demande pas si vos seins vont sortir mais quand ils vont sortir…Vous n’avez absolument aucune moralité…Vous venez ic i, certes parce que je vous convoque, mais vous faites semblant de chercher un travail, alors que c’est le cadet de vos soucis…Je le sais parce que je connais quelqu’un qui…
Mais il n’a jamais fini sa phrase. Il s’est figé sur place, bouche ouverte, son regard s’est révulsé, et il est tombé sur son clavier d’ordinateur, ce qui a fait couiner ce dernier. Je me suis levée et je me suis précipitéedans le bureau voisin pour demander de l’aide.
Une demi-heure plus tard, alors que le SAMU l’emportait sur un brancard, inconscient, j’avais une double certitude: d’une part je risquais de ne pas savoir avant longtemps ce qu’il voulait me dire, d’autre part j’allais certainement, si je ne trouvais pas de boulot, changer de conseiller.

 

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